cynisme
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50 nuances de cynisme

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** Ce texte sur le cynisme actuel chez la population envers le gouvernement est une collaboration de M. Jérémie Rivard. Enseignant en histoire, Jérémie est également l’animateur du podcast historique Sur la terre des hommes. (Podcast dans lequel je suis co-animateur) **

Depuis près de 18 mois que nous vivons en contexte pandémique. Sans le vouloir, nos vies ont changé ; pour un nombre minime, pour le mieux.

Pour la grande majorité d’entre nous, nous avons dû faire de grands sacrifices. Réduire nos contacts avec des proches, des amis, des parents. Les voyageurs sont restés dans leurs terres. Les artistes, forcés de mettre de côté leur art pour un moment.

Des milliers de personnes ont dû réorienter leur carrière pour mettre du pain sur la table et d’autres, se sont vu assigner au télétravail.

De nouveaux mots sont apparus dans notre langage courant : confinement, présentiel, épidémiologie, covidiots et j’en passe. Dans les 18 derniers mois, ma pensée sur la pandémie a grandement évolué.

Au tout début, en mars 2020, je croyais que le confinement était une blague monumentale, que nous exagérions les choses. Oui, j’ai aussi cru pendant quelques semaines qu’il s’agissait une vraie bonne grippe comme on n’en avait rarement vue.

Des milliers voire des centaines de milliers de Québécois pensaient comme moi. Cependant, mon avis sur la pandémie a pris un tournant au bout d’environ un mois. D’autres n’ont pas pris ce chemin. De sceptiques, ils sont devenus cyniques. Un cynisme aux multiples nuances pas toutes claires.

Les covidiots, les conspirationnistes, les conspis, les édentés, les touristatas, nous les avons tous entendus.

Sont-ils vraiment ce que nous pensons ?

Savent-ils ce qu’ils sont ou ce qu’ils font ?

Depuis un an que je me pose cette question presque tous les jours.

« On est en dictature ! »

« Libârté ! »

« Legault et Arruda font partie du Nouvel Ordre mondial ! »

« C’est pire que sous le régime nazi ! » (Croyez-moi, ils l’ont déjà dit.)

« Nous voulons un débat public ! »

Avant de condamner ces gens, essayons de comprendre qui ils sont.

Je dois l’avouer, pendant des mois, je me suis amusé aux dépens de ces sceptiques de la Covid. Je les ai traités de tous les noms et je ne m’en cache pas.

Mais je reviens à ma prémisse de base : qui sont-ils ?

Je sais que je ne me ferai pas d’amis en écrivant les prochaines lignes, ni des gens contre les mesures sanitaires, pas plus de ceux qui les respectent à la lettre.

À la base, ceux qui sont contre les mesures sanitaires comme le masque, la distanciation physique et le passeport vaccinal, n’ont jamais eu confiance au gouvernement.

Bien avant la pandémie, le cynisme envers les élites politiques était palpable et avec raison.

Depuis des décennies, les gouvernements ne cessent de mentir, et ce, pour une seule raison : se faire élire.

On nous promet moins d’impôts, de la création d’emplois mieux rémunérés, moins d’injustices sociales, mais ce ne sont que de belles paroles pour avoir notre vote.

Ça, c’est un fait.

Il est certain que les politiciens ont de bonnes intentions en campagne électorale, mais une fois au pouvoir, les promesses disparaissent aussi rapidement qu’elles ont été prononcées.

Soyons clairs, je ne suis pas contre les gouvernements, mais les faits sont indiscutables.

À quand remonte un gouvernement, un premier ministre ou un président qui faisait l’unanimité ?

René Lévesque, peut-être ?

Et encore, il fut reconnu à sa juste valeur qu’à la fin de sa carrière politique.

Depuis des années, la population se sent trompée par sa classe dirigeante.

Première nuance de cynisme.

De 2003 à 2012, le Parti libéral du Québec est porté au pouvoir élection après élection, malgré des accusations de corruption et de copinage.

Deuxième nuance de cynisme.

En 2016, un milliardaire raciste et misogyne en la personne de Donald J. Trump se fait élire comme président des États-Unis. Donc, par conséquent, Roi du monde libre. Comment un être humain aussi ingrat peut-il arriver à se faire élire à ce poste ?

Troisième nuance de cynisme.

En novembre 2020, un vieillard confus détrône le milliardaire abject au pays de l’Oncle Sam.

Quatrième nuance de cynisme.

Je pourrais ajouter des dizaines d’autres exemples qui tendraient à donner raison aux cyniques. J’allais presque oublier l’élection douteuse de George W. Bush et sa gestion de la guerre en Irak et son invention fumeuse d’armes de destruction massive.

Cinquième nuance de cynisme.

Dans ce genre de climat entre gouvernants et gouvernés, qu’arrivent-ils lorsqu’une réelle menace se pointe comme, par exemple : UNE PANDÉMIE ?

Avec le recul et un peu de réflexion, nous aurions pu prévoir qu’une masse critique de la population remettrait en doute le gouvernement et la moindre de ses décisions.

Ou bien, encore pire qu’une partie de ces citoyens se liguerait ouvertement contre cedit gouvernement et l’accuserait de faire partie d’un complot à l’échelle mondiale dans le but d’asservir la population.

Amalgamez le cynisme, le conspirationnisme et contraintes sanitaires et vous aurez un cocktail assez explosif.

J’écris ces mots en date du 10 août 2021.

Le gouvernement du Québec de François Legault vient d’annoncer la mise en vigueur d’un passeport vaccinal pour les gens doublement vaccinés. Ce passeport permettra, entre autres, de profiter d’un souper entre amis au resto, d’assister à un spectacle en salle et de s’entraîner au gym sans être dérangé.

Comment pensez-vous que les cyniques ou gens anti-mesures sanitaires vont réagir ? Je ne veux pas être prophète de malheur, mais il risque d’y avoir des débordements.

En résumé, les gouvernements de la planète se retrouvent dans une situation presque sans issue où ils doivent « dealer » avec un virus inconnu dont on en apprend un peu plus chaque jour et une partie de leur population qui croit qu’ils veulent leur mal.

Une chose est sûre, je ne voudrais pas être dans les souliers d’un dirigeant dans tout ce bordel.

– Jérémie Rivard, 10 août 2021

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Un commentaire sur “50 nuances de cynisme”

  • Merci pour ton texte.
    Tout comme to j’ai commencé par être incrédule face la Covid-19 : “Ils exagèrent. Une ‘crisette de gens riches ; il meurt plein de monde de la faim chaque jour.” me disais-je.
    Puis les informations de toutes sortes de sources croisées ‘crédibles’ ont commencé à affluer.
    Puis des balivernes invraisemblables ont commencé à se répandre en réponse.
    Entendons nous : je n’ai (peut-être à tort) pas particulièrement peur du Sars-Cov-2. Je crois que mon système pourrait le combattre.
    Je n’apprécie mais alors pas du tout le gouvernement de la CAQ qui a des relents conservateurs, identitaires et autoritaires (RIEN à voir toutefois avec une ‘dictature’).
    Mais je crois que cette pandémie ‘non-hollywoodienne’ tue juste assez et rend les gens juste assez malades pour complètement désorganiser nos sociétés qui sont des ‘colosses aux pieds d’argile’. On demande depuis 50 ans au réseau public (santé, éducation, etc) de fonctionner à 95-98% de ses capacités (“Faire ‘plus’ avec ‘moins’.” :-/ ) au nom de ‘l’efficacité budgétaire’ (parce que les gens ne veulent pas payer les impôts pour mieux les financer…). Bien sûr qu’un système public déjà exploité à capacité se fragilise et peut briser même sous un faible choc.
    Je considère en définitive que les mesures sanitaires mises en place, quoique d’utilité inégales, constituent autant de gestes de ‘civisme’ et de ‘solidarité’.
    Les + ou – 15% qui y résistent ne sont pas tous plus subjectifs ou irrationnels que moi et plusieurs de leurs prémisses se valent. Mais ils font le choix d’un ‘chacun pour soi’ ou ‘chacun pour sa clique’ (style ‘pègre’) passé date face aux enjeux mondiaux globaux du XXIe siècle.
    Comme pour la cigarette, l’alcool au volant ou les ‘gestes déplacés’, ils vont devoir s’adapter.
    Je n’aime pas particulièrement Macron non plus, mais “La liberté ne se conjugue pas au singulier.” est une formule bien trouvée. 🙂

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