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Système de santé: l’avis d’un maigre pion dans la machine

** Ce texte, qui propose des solutions pour des problèmes du système de santé québécois, est une collaboration de Mme. Valérie Fortier, Paramédic. **

D’après le second budget 2020-2021 du gouvernement du Québec, le ministère de la santé et services sociaux concentre près de 49,6% des dépenses gouvernementales (soit une augmentation de 5,3% par rapport au premier budget).

Je juge raisonnable de penser que ce dossier dispose de fonds suffisants pour permettre le fonctionnement optimal de notre système de santé ainsi que de fournir adéquatement aux citoyens et citoyennes – indépendamment de leur statut social et leur contribution fiscale – des services de qualité.

La question que la population se pose est celle-ci : pourquoi les délais d’attente, pour certaines interventions en santé, battent-t-ils tous les records? 

Je suis tout à fait consciente que la santé reste à prime à bord une dépense. Par contre, en tant que leaders élu.e.s d’une nation, le gouvernement devrait voir ce volet comme un investissement pour rendre la société plus dynamique.

Il s’agit de voir ce ministère comme un outil fonctionnel et productif au service des usagers du système de santé. Cette vision légitime le rôle des services spécialisés, car des interventions spécifiques sont souvent nécessaires.

En tant que maigre pion sur la première ligne et citoyenne avertie, je peux constater qu’un des problèmes provient de la gestion du système de santé. Comme dit le vieux proverbe : « Beaucoup de casques blancs, mais peu d’ouvrier ».

Bref, à force de vivre des expériences personnelles et professionnelles, voici quelques suggestions que j’aimerais soulever.

L’importance de la prévention en santé

À mon avis, une meilleure gestion est indissociable à une meilleure prévention. En effet, il ne faut pas oublier que la prévention joue un rôle clé pour désengorger le système de santé.

En s’attaquant au problème à même la racine, nous venons régler une grande partie. Depuis 2014, je travaille comme paramédic.

Je peux confirmer que plus de 90% de mes appels sont pour des problèmes de santé d’ordre chronique. C’est-à-dire des troubles de santé conséquentes à de mauvaises habitudes de vie s’échelonnant sur plusieurs années.  

À vrai dire, la prévention s’effectue avant tout dans l’éducation. Une population mieux renseigner diminue les risques de mauvais comportements et mauvaises habitudes. Le gouvernement se doit d’arrêter de balayer la neige par en avant. Il doit faire face à la cause du problème d’engorgement.

Il faut travailler à même la source. De ce fait, il est impératif de concentrer son énergie sur les quartiers défavorisés en termes de prévention. D’abord en mettant emphase sur les ressources existantes (organismes communautaires et autres). Ensuite, en effectuant des ateliers dans les écoles et en finançant des programmes liés aux problématiques rencontrées sur le terrain, comme alcool, drogues, prostitutions, etc.

À travers l’éducation, nous pouvons toucher les volets diététiques et les activités physiques pour inciter la prévention. Sur ce plan socio-sanitaire, la prévention peut être d’un apport substantiel à la gestion du système de santé.

La problématique du milieu paramédical

Sur le plan des services sanitaires professionnels, le gouvernement devrait réellement s’attarder sur le milieu. Le Québec compte environ 5500 paramédics. Il existe trois types de compagnies :

-les compagnies privées, où ce sont des propriétaires privés qui reçoivent un montant des CISSS et qui le gère à sa guise.

-les coopératives, où le contrôle de la gestion est remis aux mains des employés qui peuvent effectuer des économies pour que chaque employé puisse recevoir une ristourne à la fin de l’année.

-la compagnie publique, soit Urgences Santé, qui régit seulement dans les régions de Laval et Montréal.

Il faut aussi prendre conscience qu’il peut exister qu’une seule compagnie par région desservie. Ce qui signifie qu’il ne peut y avoir deux compagnies, de formules différentes, sur un même territoire.

Or, nous constatons des lacunes où l’argent est mal géré. À travers une réforme nationale du système des paramédics, il serait possible de mieux répartir les fonds pour répondre adéquatement à leur mission. C’est-à-dire prodiguer des soins de qualité et ce, rapidement.

Une réforme pourrait redistribuer convenablement les postes de fonctionnaires pour que les fonds se redirigent vers l’achat de véhicules, l’augmentation de salaire – incitatif demandé depuis longtemps dans leurs revendications – et l’ouverture de postes spécialisés. Cette dernière proposition pourrait plaire aux paramédics pré-retraités et les encourager à rester plus longtemps.

Par exemple, il peut avoir la possibilité de créer des équipes spécialisées interétablissements qui s’occuperaient uniquement des transferts ou bien des équipes interventions sociales pour des situations touchant la santé mentale. Cela permettrait, comme mentionné plus tôt, un meilleur usage des ressources sur la route.

Les problématiques que je perçois aux centres hospitaliers

Pour ce qui sont des centres hospitaliers, il est inconcevable qu’un.e infirmier.ère, en tant qu’intervenant.e de première ligne, soit obligé.e de pallier le système avec du TSO, c’est-à-dire du temps supplémentaire obligatoire.

Cela manifeste encore d’une mauvaise gestion. Selon la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ):

Le TSO est devenu un réel mode de gestion qui porte atteinte aux droits des professionnelles en soins et a un impact direct sur la qualité et la sécurité des soins. Il s’agit d’une pratique courante de gestion à laquelle on devrait uniquement avoir recours en cas d’urgence ou d’événements imprévus (FIQ, 2020).

Cette pratique est dangereuse et conduit vers un comportement d’hypovigilance qui peut, lui, mener vers des situations de détresse émotionnelle et d’épuisement au travail.

Faire des miracles

Je suis consciente que nous ne pouvons faire des miracles et qu’il est nécessaire de travailler avec les effectifs que nous avons. Toutefois, depuis le début de la pandémie, près de 800 infirmiers et infirmières ont démissionné. Parmi ces travailleur.euse.s, plusieurs seraient restés s’ils s’étaient vu accorder des congés ou l’élimination du TSO.

Pour être honnête, ce ne sont pas les intervenants de la première ligne le problème, mais bien la panoplie de gestionnaires incapables de trouver des solutions. Beaucoup de ces membres de l’administration sont infirmiers ou infirmières de formation, ce qui veut dire qu’ils sont en mesure de pouvoir remplacer sur le plancher.

Il est impératif de reconstruire l’organigramme des gestionnaires dans les hôpitaux pour faire retourner sur le terrain pratique les employé.e.s qui, malheureusement, ne sont pas en mesure de gérer correctement.

Un changement de culture en santé

Les fonctionnaires de la santé doivent être traités comme des employés de PME ou autre, c’est-à-dire être remplacés sans compensation financière ou accommodations advenant qu’ils ne répondent pas aux demandes de l’emploi.   

De plus, déprivatiser le système de santé permettrait à une plus grande majorité de citoyen.ne.s d’obtenir des soins rapidement, ce qui leur permettrait de jouer un rôle actif plus rapidement dans la société. Une société qui dort ne produit pas, alors diminuer les palliers à travers les procédures de retour au travail et permettre des soins équitables pour tous engendreraient une société plus dynamique.

En résumé, voici mon humble avis sur comment je crois que le système de santé peut s’améliorer. Une approche préventive rapporte en santé. Cette venue est possible par un réinvestissement des fonds publics effectué auprès des gestionnaires vers les intervenants de première ligne.

Cela redonnerait à la population davantage confiance et espoir en notre système de santé, mais aussi un tel réinvestissement des fonds publics pourrait séduire celles et ceux qui voudraient orienter leur carrière vers les services professionnels de santé car ils y verraient des conditions attrayantes et appropriées. La prévention reste l’idée primordiale pour diminuer l’utilisation du système de santé.

Je souhaite que texte ouvre la porte à une réflexion que le gouvernement pourrait explorer concrètement.

-Valérie Fortier, Paramédic

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