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Le syndrome de Wonder Woman en éducation

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** Ce texte sur le syndrome de Wonder Woman en éducation est une collaboration de Mme Alexandra Lajeunesse, enseignante en formation. Révision linguistique par: Alycia St-Pierre**

Je suis une enseignante en devenir. Je fais de la suppléance depuis trois ans dans deux CSS différents de la région montréalaise. Pour la première fois cette année, j’ai ressenti un sentiment profond d’abandon. Je suis une jeune enseignante en début de carrière qui est tellement passionnée qu’en me regardant, vous pouvez le voir dans mon regard. Je donnerais ma vie pour des élèves qui ne sont pas encore les miens.

Pour la première fois en trois ans de carrière, je me sens vide, inutile, triste. Mes nuits sont courtes et aucune journée ne passe sans que je me pose les questions suivantes : « Est-ce que je suis dans le bon métier ? Est-ce que je devrais me recycler ? Est-ce que j’ai encore ma place ici ? » Je cherche cette lueur dans mes yeux que je voyais avant mon attaque, avant le suicide de ma collègue enseignante.

Je suis partie en congé sans solde en septembre après ma rentrée mouvementée. J’ai craqué dans mon bureau parce que je ne pouvais pas intervenir adéquatement auprès d’un élève en crise. Je n’étais pas dans leur bulle-classe (quotidiennement).

Mon cœur n’a pas résisté à ce coup de trop. Je ne pouvais pas me résigner à vivre un autre abandon de la part du système. Nous avions besoin de ressources supplémentaires, mon élève avait besoin de moi, mais la COVID-19 m’empêchait d’agir comme une enseignante.

Je rêve encore de l’attaque que j’ai subie, de mes élèves que j’ai abandonnés en début d’année dans une classe presque vide (j’ai fait mon possible), de ma collègue qui est partie trop tôt, de notre surcharge de travail qui m’a fait perdre un contrat parce que je suis à bout de force et inexpérimentée en cette pandémie.

Comme Wonder Woman, j’ai envie de me battre pour toutes ces raisons.

Je ne peux plus nier l’évidence. Je suis dans un coin du ring, et dans l’autre, il y a le système de l’éducation qui m’a mis complètement KO. Malgré tout, je voulais me convaincre que je suis Wonder Woman, mais je suis maintenant tombée au combat.

Je n’ai pas pris soin de moi en temps voulu. Aujourd’hui, j’ai accumulé beaucoup d’évènements qui font en sorte que je dois partir en congé sans solde. J’en suis arrivée à ça parce que je me suis toujours dit : « Les élèves ont besoin de moi. Je ne veux pas les abandonner. Si je ne vais pas remplacer qui prendra ma place. » Je porte déjà difficilement le système sur mes épaules.

Est-ce que je veux changer de métier ? Non. Il m’est arrivé de songer à changer de branches, car mon baccalauréat n’est pas encore terminé. Cependant, je le sais que la flamme brûle encore au fond de moi, mais elle a besoin de gaz, la flamme.

Encore une fois, je me suis dit que je suis un modèle pour mes élèves. Je ne peux pas abandonner parce que c’est difficile. Quel serait le message que je leur enverrais ? Ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts.

Pour conclure, il ne faut pas attendre d’atteindre le point de non-retour pour dire que c’est assez. Il faut prendre soin de soi-même dans ce métier, c’est une collègue qui me l’a dit un jour.

Alexandra Lajeunesse, enseignante en formation

Révision linguistique par: Alycia St-Pierre

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