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J’enseigne, tu éduques, il apprend

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** Ce texte sur l’éducation est une collaboration de M. François-Olivier Loignon, enseignant au secondaire et chef d’orchestre.**

Pendant la dernière semaine, en errant dans les méandres des réseaux sociaux, je suis tombé sur cette image.

Cette damnée image. Cette idée qui vient me mettre en rogne à chaque fois que je la vois et qui témoigne de la mauvaise conception que nous nous faisons de l’éducation. Une image qui semble si logique, mais qui manque tellement de mise en contexte.

Et elle m’irrite pour deux principales raisons : l’idée qu’elle propage sur l’éducation et l’incompréhension de la valeur intrinsèque des enseignements de l’école.

Dans le cas de la première, je comprends qu’on veut que nos enfants fassent des apprentissages plus « pratiques dans la vie ». Je comprends qu’on veut lui apprendre à cuisiner, à changer une roue, à gérer ses finances personnelles, etc. Qu’on veut lui apprendre à gérer ses émotions, à mieux communiquer et à prendre soin de soin.

Sauf que non seulement beaucoup de ces choses lui sont enseignées indirectement par les différents intervenants de l’école (ces merveilleux éducateurs trop souvent oubliés), mais diminuer ce qui est enseigné parce que c’est moins pratique relève d’une incompréhension de la mission de l’école.

Et surtout, ça omet un lieu d’apprentissage important pour l’enfant qui peut aussi prendre une part de la responsabilité de ces enseignements :

la maison.

Qui d’autre est en meilleur position pour enseigner les aptitudes de communication, l’estime de soi et la santé que les parents d’un enfant? Lequel est mieux placé pour lui faire ses apprentissages de base de la vie comme la cuisine et la mécanique? Qui a le meilleur lien (qu’il peut grandement renforcer) par ce genre de moment éducatif?

Il faut arriver à venir à bout de cette dichotomie qui veut qu’on apprend à l’école et on s’amuse à la maison. Le milieu familial peut (et doit) être un milieu propice à l’apprentissage également.

Bien sûr, le théorème de Pythagore est une connaissance plus abstraite et moins « pratique » dans la vie de tous les jours. C’est pourquoi il est enseigné par un spécialiste de cette matière qui a fait au moins 4 ans sur les bancs pour l’enseigner.

Par contre, pas besoin d’un spécialiste pour apprendre à faire cuire quelque chose. Ni pour faire un budget familial. Ce rôle peut très bien revenir aux éducateurs numéro 1 de l’enfant : ses parents.

Pour ce qui est de la deuxième raison, c’est cette vision utilitariste de l’école qui irrite.

Un enseignant de mathématiques n’enseignera pas le théorème de Pythagore pour qu’un jeune mesure tout triangle à sa portée, mais pour travailler son sens logique. Un enseignant de français n’enseigne pas les figures de style pour faire des poètes, mais pour l’aider à maîtriser la langue qui l’entoure.

Et comme enseignant de musique, je crois que nous sommes parmi les mieux placés pour expliquer cette notion.

Lorsque j’enseigne le jeu d’ensemble à un groupe, que ce soit une harmonie, un orchestre, un drumline, un stage band, une chorale ou un ensemble de guitare, je leur enseigne les principes de base de la vie en société.

Je leur enseigne que chaque individu a un rôle important à jouer dans un groupe et que la réussite de celui-ci dépend du travail de tout un chacun. Je leur apprends également que certains ont plus de facilité dans un domaine alors que d’autres ont besoin de plus travailler et que l’entraide est une solution.

Je leur apprends à être à l’écoute de ce qui les entoure.

Lorsque j’insiste pour la pratique personnelle, je ne veux pas en faire des prodiges. Je leur apprends le sens des responsabilités et la discipline. Je leur apprends la valeur du travail et la satisfaction des succès qu’il apporte. Je leur apprends la fierté d’avoir réussi à traverser les difficultés et les obstacles.

Lorsque je leur apprends à déchiffrer une partition, je leur apprends à utiliser leur logique et à comprendre une nouvelle langue.

Quand je leur apprends à écouter et découvrir de la musique, je leur apprends l’ouverture d’esprit et le jugement critique.

Quand je leur apprends à créer de la musique, je leur apprends à puiser dans leur créativité et à la laisser s’exprimer.

Bien sûr, peu d’entre eux deviendront des musiciens professionnels. Mais ce n’est pas mon but. Le but est d’utiliser la musique pour en former de meilleurs humains.

Alors que la saison des grilles horaires arrive, celle où les spécialistes et les profs d’arts doivent se battre pour la survie de leur matière et en justifier leur pertinence, il est primordial de se rappeler cette vérité : au-delà des savoirs disciplinaires, chaque matière contribue, à sa façon, à créer un meilleur citoyen, un meilleur être humain.

Et pour ce faire, les enseignants ont besoin de la confiance et de la collaboration des éducateurs numéro 1 de chaque enfant pour les aider à atteindre cette vision de l’enseignement : les parents.

-François-Olivier Loignon

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