classe d'enseignant
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Une histoire parmi tant d’autres.

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** Ce texte, publié dans le cadre de la Semaine des enseignants, est une collaboration de Mme. Émilie Brisebois. Âgée de 25 ans, elle est nouvellement enseignante. **

Je n’ai pas pour habitude de m’exprimer haut et fort sur les réseaux sociaux, mais j’avais envie de le faire, sans prétention. L’objectif étant d’informer, tout simplement, sur mes débuts dans le monde des d’enseignants .

Mais j’ai 2 mois de congé durant l’été…

Durant mes 4 années d’étude, on m’a répété à plusieurs reprises à quel point la réalité du métier avait changé. Mes enseignantes associées, celles qui m’ont ouvert la porte de leur classe pour m’offrir un milieu riche en apprentissages, m’ont raconté leurs débuts difficiles durant lesquels elles espéraient recevoir un appel pour aller travailler.

Le travail, il n’en mouillait pas à cette époque-là. Il faut croire que les enseignants sont fidèles au poste. Que le fameux taux d’abandon de la profession enseignante n’était pas aussi élevé qu’aujourd’hui.

Pourquoi?

À 25 ans, fraîchement diplômée depuis le mois de mai 2020 au baccalauréat en éducation préscolaire et en enseignement au primaire, j’obtiens ma première classe. Deux semaines avant la rentrée, on m’offre un contrat en 6e année, un niveau auquel je n’ai jamais touché lors de mes quatre stages en enseignement.

Je décide d’accepter malgré mes appréhensions. Je me voyais tellement avec les plus jeunes. Mais je me dis que c’est une opportunité de vérifier ce qui me rejoint et de relever un défi.

Mais quel défi pour les enseignants.

Je commence l’année avec 18 élèves dans un milieu très défavorisé. Je profite des premières journées pédagogiques (celles qu’on travaille, soit dit en passant) pour en apprendre plus sur mes élèves: je me rends compte que parmi ceux-ci, 11 ont un plan d’intervention.

Mais qu’est-ce? Selon l’institut des troubles d’apprentissage, « le plan d’intervention est une planification d’actions concertées avec tous les intervenants qui gravitent autour de l’élève.

Le but est d’être en mesure d’identifier les capacités et les besoins de l’apprenant, afin de préciser les objectifs à poursuivre et les compétences à développer et de mettre en place des moyens efficaces de l’aider ».

Donc, 11 élèves sur 18 ont une difficulté particulière (d’apprentissage ou de comportement), suffisamment considérable pour qu’on se soit concerté à la recherche de moyens pour aider ces élèves.

J’ai les jambes molles: comment vais-je y arriver ?

Je suis une enseignante motivée, travaillante, rigoureuse au travail, mais inexpérimentée. Comment vais-je faire pour gérer un élève TSA, cinq élèves nécessitant un outil technologique (avec des logiciels qui me sont inconnus, car jusqu’à présent, je n’avais jamais eu à gérer cela).

Ajoutez-y un élève ayant un trouble de comportement, des élèves ayant des reprises d’années durant leur parcours scolaire, la présence de comportements opposants… sans compter que ce sont des petits humains qui seront devant moi.

Des petits humains, avec des besoins.

C’est là que les cordes s’ajoutent à mon arc. Je suis enseignante, je suis le support pour changer les idées d’un enfant dont des parents se sont séparés. Ajoutons le fait que suis aussi technicienne en informatique pour adapter les travaux et les évaluations de mes élèves dyslexiques et dysorthographiques qui doivent faire leurs travaux à l’ordinateur.

Sans compter que je suis médiateur des conflits qui se passent en classe, mais aussi sur la cour de récréation, je suis fournisseur d’effets scolaires pour la poulette qui a perdu son surligneur dès la deuxième semaine d’école (matériel souvent payé avec mes sous personnels car allô le manque de budget).

Et en plus, suis fière recherchiste de nouveaux moyens d’apprentissage pour redonner le goût à l’école de mes préados pour lesquels l’école n’a aucun sens, particulièrement en temps de pandémie…

La liste n’étant pas exhaustive.

Il suffit de penser à ce dont un enfant a besoin, je le fais, du mieux que je le peux, avec les ressources qu’on me donne (très peu).

Durant la dernière année, la profession enseignante a été fortement dévalorisée. Il faut à tout prix nous comparer aux infirmières ou aux préposées aux bénéficiaires qui, elles aussi, font un travail exceptionnel (tellement fière de ma maman qui est au front depuis le jour 1).

Mais à quel moment est-il pertinent de comparer des pommes et des oranges ? Pourquoi ne peut-on pas se questionner davantage sur le taux d’abandon grandissant de la profession, sur les épuisements professionnels ou sur toutes autres problématiques mises en lumières dans de nombreux témoignages liées à cette « vocation ».

La réponse est simple : des classes trop pleines, des inconvénients de l’intégration scolaire des élèves, du manque de ressources (humaines, budgétaires et aussi matérielles), la non-reconnaissance de nos heures de travail supplémentaires qui ne sont pas rémunérées (mais nécessaires pour réussir à bien faire notre travail et surtout à la réussite éducative des élèves) …

Les enseignants sont débrouillards; on l’a montré à maintes reprises depuis le début, en apprenant tout, toujours à la dernière minute. À un certain moment, pour faire de la magie, ça nous prendrait une baguette magique, mais on n’en a pas.

Il serait plus que temps que ça change, car des années à enseigner, j’aimerais en accumuler.

-Émilie Brisebois – 25 ans, enseignante, un peu moins motivée, mais deux mois de vacances (non payées) durant l’été…

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