Fusillades
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Fusillades aux USA: F*ck vos prières

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** Ce texte sur les fusillades aux USA est une collaboration de M. François-Olivier Loignon, enseignant au secondaire et chef d’orchestre.**

Chers États-Unis,

Il faut qu’on se parle.

Une autre journée, une autre fusillade en ton sol. Dix morts dans le stationnement d’un supermarché cette fois, à peine une semaine après celle d’Atlanta. Un autre assassin que tu éviteras à tout prix d’appeler par ce qu’il est : un terroriste domestique.

Et le plus triste de tout ça : l’impression de déjà-vu qui se mélange à la torpeur de cette annonce. Cette tristesse qui provoque un hochement de la tête, mais pas de surprise. Les fusillades font maintenant parti de la vie des américains.

Je me souviens de Sandy Hook comme si c’était hier.

Cet horrible 14 décembre 2012. Je me souviens de cette journée de fin de session universitaire où je tentais de finaliser un dernier travail de session avant le concert de l’Orchestre à Vents de la Faculté de Musique de l’Université Laval (OVFAMUL). Cet après-midi qui se voulait productif tout en découvrant le nouvel album inattendu de The Killers.

Et puis la nouvelle. 26 morts. En majorité, des enfants d’âge primaire. Une enseignante, qui a sacrifié sa vie pour sauver ses élèves. 

Tu sauras imaginer que j’ai été incapable de finir mon travail. J’ai passé l’après-midi accroché aux développements de cette histoire, que j’ai suivi encore plus que n’importe quel évènement de la grève étudiante de cette année-là. J’ai écouté chaque mot d’un Obama en colère, incapable de retenir ses larmes. 

Et la magnifique ironie de tout ça?

Au programme du concert de l’OVFAMUL, il y avait la Symphony no. 3 de James Barnes. Cette symphonie tragique que le compositeur a écrite à la mort de sa fille. Je dois t’avouer que j’ai rarement dû combattre des larmes de tristesse en pleine performance. Ce soir-là, caché au sein des trompettistes de l’orchestre, je n’ai pu m’en empêcher.

J’ai pleuré à chaudes larmes pour Sandy Hook. Même chose pour Charleston et son église. J’ai pleuré pour Orlando, pour Las Vegas, pour Parkland, pour Tucson, pour Aurora. Mais je n’ai pas pleuré aujourd’hui. Je n’ai plus de larmes à verser, le puits est sec. Seulement une incompréhension amère. 

Et de la colère.

Je n’arrive pas à comprendre ton indifférence face aux causes évidentes de ce problème. Je n’arrive pas à comprendre comment Sandy Hook ne fut pas la dernière. Comment les morts d’autant de jeunes enfants ne furent pas suffisantes pour toi.

Et je n’en peux plus de vos « thoughts and prayers ». Je n’en peux plus de vous voir esquiver le problème. De vous voir blâmer la santé mentale plutôt que d’aborder votre dépendance aux armes à feu et la haine qui pourrit ta société.

Toujours des défaites pour ne pas voir le problème des fusillades

Cette même santé mentale qui, lorsqu’on voit comment nos sociétés modernes la sous-financent, semble avoir comme première fonction d’excuser ces horreurs.

Je souhaite que tu puisses trouver le courage de te tenir debout devant la NRA et tous ces agents du lobby des armes à feu qui priorisent les profits avant les vies humaines, avec des excuses bidon comme le « good guy with a gun ».

J’ai espoir que tu trouves le courage politique d’aborder le problème, d’améliorer ta situation et de réaliser qu’une machine dont le but premier est de tuer n’a pas sa place dans aucune société civile. 

Je souhaite que les leaders que tu choisis attaquent de plein fouet cet enjeu de sécurité nationale autant qu’il parle de « cancel culture », de socialisme et de taxes. Qu’au lieu de craindre les accusations de « politiser des tragédies », ils assument l’enjeu politique de celles-ci.

Et je souhaite que vous ayez le courage et la force de supporter ces leaders.

Parce que c’est toi qui devrais manquer de larmes. C’est toi qui devrais être en colère, au moins assez pour changer les choses sur le champ, comme l’a fait la Nouvelle-Zélande après Christchurch.

États-Unis, je souhaite que tu te réveilles de ta léthargie et que tu agisses. Parce que, comme tu auras dû le réaliser il y bien longtemps, les « thoughts and prayers » ne sont pas à l’épreuve des balles.

-François Olivier-Loignon

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