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Wokisme : entre hystérie et débat

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** Ce texte sur le « wokisme » est une collaboration de M. François-Olivier Loignon, enseignant au secondaire et chef d’orchestre.**

Ces derniers temps, la société québécoise fait face à un nouveau fléau. Un mal profond qui semble ébranler les piliers de notre civilisation : le wokisme.

Si on se fie aux chroniques qui pleuvent et aux politiciens en manque de combats à mener, notre liberté d’expression est assiégée par ce mouvement et sa censure. Nos universités ne peuvent plus rien enseigner.

François Legault et Paul Saint-Pierre Plamondon (ainsi que leurs députations respectives) ont pourfendu haut et fort cette idéologie. Philippe Lorange, ce petit protégé de Mathieu Bock-Côté, a écrit une lettre ouverte à Gabriel Nadeau-Dubois.

Il l’exhorte à dénoncer le wokisme. Il insinuait que le député évitait le débat pour protéger les wokes dans ces rangs. Même chose pour Joseph Facal, dans une chronique pleine de sophismes et de mauvaise foi. Il nous a même dressé un petit mode d’emploi du wokisme.

Vraiment?

Avant aborder cette hystérie collective, je tiens à préciser que ce texte ne veut en rien diminuer les excès qui se sont déroulés dans les universités et les véritables tentatives de censure auxquelles on a pu assister.

Je tiens également à souligner l’importance qu’une discussion à ce sujet ait lieu entre les acteurs concernés. Ce texte est surtout pour aborder le populisme montant. Celui qui pousse certains à se servir de cet enjeu pour avancer un narratif anti-gauche. Qui cherche à repousser toute discussion sur des idées progressistes.

Tout d’abord, cette stratégie n’est pas nouvelle. L’accusation de wokisme est simplement l’expression au goût du jour qu’utiliseront les tenants du statu quo, alimentée par une droite populiste. Il y a à peine quelque temps, on disait « bien-pensant » plutôt que woke.

Un peu avant, on utilisait bobo, gauche caviar, gauchiste et même, en 2012, bébés gâtés. Ces termes ont tous la même fonction : discréditer les revendications progressistes qui viennent ébranler le statu quo pour éviter d’avoir à discuter de leurs idées et de leurs arguments.

C’est pourquoi je me permets de souligner l’ironie lorsque les Mathieu Bock-Côté de ce monde crie que les revendications de ce mouvement sont importées des États-Unis… tout en utilisant le concept de wokisme qui est également importé de la droite américaine.

Ou encore Paul Saint-Pierre Plamondon qui s’offusque qu’on se laisse influencer par la « cancel culture » américaine, tout en proposant de rebaptiser l’aéroport Trudeau suite aux dernières nouvelles sur ce dernier.

Jouer à la victime

Ensuite, est-ce que cette droite réactionnaire qui joue à la victime du mouvement woke a vraiment la crédibilité de le faire? Pour répondre à cette question, je vous invite à aller consulter la page Facebook de Normand Baillargeon, sur laquelle il avait lancé un appel aux exemples de « cancelation d’idée » en éducation.

Malheureusement, la publication n’a pas eu l’effet escomptée : on peut y lire de nombreux exemples où ce sont les étudiants aux idéaux progressistes qui auraient été cancellés.

Bien sûr, je réitère que le but n’est aucunement de diminuer les dérives du milieu universitaires auxquelles nous avons pu assister. N’empêche que je ressens un inconfort quand j’entends Mathieu Bock-Côté, ce grand censuré aux 1000 tribunes, crier à la « cancel culture », alors qu’il bloque toute personne aux idées divergentes sur ses réseaux sociaux.

Le même inconfort quand je lis des députés de la CAQ s’opposer à la censure woke, alors que c’est leur gouvernement qui gouverne à coups de baîllons et qui a « cancellé » le professeur Weinstock suite à une chronique mensongère de Richard Martineau.

Le même inconfort quand, la même semaine, on peut ironiquement trouver 15 chroniques différentes dans les médias de Quebecor pour nous dire que « on ne peut pu rien dire ».

Enfin, c’est quoi un fameux woke?

Ce serait un terme pour désigner quelqu’un qui est éveillé aux enjeux de l’injustice sociale, du racisme (systémique ou non), de la diversité sexuelle et de genre et de l’environnement.

C’est cette nouvelle vague de progressisme que nous amène une nouvelle génération. Celle qui, comme toutes les générations précédentes, vient ébranler notre confort et nous remettre en question.

Oui, il y a des méthodes plus radicales et extrêmes dans ce mouvement. Mais réduire toute cette mouvance à quelques individus radicaux qui cherchent à faire démissionner des enseignants, c’est comme réduire tout le mouvement nationaliste des dernières années aux groupes comme La Meute et Atalante. Radicaux oui, mais une minorité qui n’est représentative du mouvement.

Bien que le terme soit maintenant horriblement galvaudé et tourné en insulte, on peut toujours se demander : en quoi ces idées sont si dérangeantes? En quoi lutter contre le racisme de nos institutions est radical? Et surtout, si « l’antiracisme » est l’œuvre de wokes extrêmes, qu’est-ce que ça nous dit sur ceux qui s’y opposent?

Et si, plutôt que de discréditer tout le mouvement pour éviter d’avoir à débattre de leurs idées et à entendre leurs arguments, on les écoutait? Pourquoi ne pas leur laisser la chance de s’exprimer plutôt que de balayer leurs revendications du revers de la main à coups dépithètes méprisantes?

Un texte très intéressant de Marie-Danielle Tremblay a paru dans Le Devoir. Il suggère d’enseigner le débat plutôt que de débattre de l’enseignement. C’est selon moi une des choses les plus sensées qui a été dite à ce sujet.

Et si on enseignait à débattre avec les wokes plutôt que de les discréditer?

-François-Olivier Loignon

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3 réponses pour “Wokisme : entre hystérie et débat”

  • Comme beaucoup de gens vous parlez de gauche et de droite. Depuis quelques années ma « gauche » à disparue pour faire place à des extrémistes de gauche qui me répugnent autant que les extrémistes de droite. D’ailleurs ces deux camps se ressemble. L’idéologie « Woke », des gens qui prétendent dénoncer le racisme et la discrimination tout en étant eux-mêmes racistes et en discriminant et en tentant d’instaurer de la ségrégation raciale. Des gens qui tiennent des propos tout autant misogynes que misandres et dans certains cas homophobes. Des gens qui portent atteinte à l’intégrité, la dignité des femmes, et qui exercent de la violence psychologique, verbale, sur elle et dans certains cas menacent de s’en prendre à elle physiquement. Des gens qui instaurent un climat de peur, de violence et d’insécurité, etc. Des gens qui parlent de justice sociale en créant d’autres injustices. Au lieu d’unir, de rassembler, ils divisent, catégorisent, guettoïsent, antagonisent, etc. Elles sont quoi leurs revendications au juste? Le pouvoir d’exercer diverses formes de violence sur des êtres humains, femmes, hommes, enfants? Les gens qui adhèrent à cette idéologie, hiériarchisent la valeur des humains et leur souffrance en fonction de leur couleur de peau, de leur culture, leur religion, etc. C’est exactement cela le racisme et c’est de la violence. Lorsque l’on travaille en relation d’aide et que l’on a une véritable approche humanitaire l’on apporte des outils à la personne pour la soutenir dans la détresse, les épreuves que celle-ci traverse et ce quelque soit sa couleur de peau, son origine, sa culture. On soigne l’humain dans son intégralité et non pas des caractéristiques et des différences. Martine

  • Si je prends la peine de commenter, c’est que je vous attribue à priori une bonne fois dans votre plaidoyer. Et c’est pourquoi je souhaite exprimer que je suis entièrement en désaccord avec celui-ci.

    Vous faites deux assertions qui me semblent profondément fausses.

    La première est d’évoquer une  »nouvelle vague de progressisme que nous amène une nouvelle génération ». De la nouvelle génération, sans doute. Mais cette vague n’a absolument rien de progressiste, malgré le fait qu’elle prétende poursuivre de nobles idéaux comme la lutte contre les discriminations, le colonialisme, le renversement du patriarcat, la diversité de genre et cie. Tous ces discours  »woke » ne sont pas progressistes, ils sont purement moralistes, et ils empruntent d’ailleurs d’une façon exaspérante au ton et au langage des pires excès des religions (avec lesquelles la liste des comparaisons s’étend hélas ad nauseam). Ils en ont précisément la fermeture d’esprit et l’assurance tranquille de posséder la Vérité des intégristes. Pas étonnant qu’en France, d’ailleurs, ils soient vilipendés de plus en plus en tant qu’islamo-gauchistes, leurs accointances avec les plus réactionnaires des islamistes étant devenu un sujet de préoccupation nationale.

    Parmi les défauts qu’on retrouve dans leurs discours (dont je ne tenterai pas de faire une liste, ici, parce que je pourrais écrire un bouquin complet là-dessus), se retrouvent une pauvreté intellectuelle désespérante, surtout quand on songe qu’ils se retrouvent enseignés dans certaines facultés universitaires, i.e. une accumulation de contradictions, d’illogismes, d’inversions de sens et d’omissions qui ne peuvent qu’être volontaires. Le tout repose également sur de graves lacunes de connaissances en Histoire, qu’ils ne cessent de réécrire au gré de leur fantaisie, au mépris de toute reconnaissance objective de faits largement établis. Je l’écris souvent : avec pareils amis, les véritables démunis et discriminés de notre monde n’ont pas besoin d’ennemis.

    Votre deuxième erreur consiste à attribuer la vague actuelle de dénonciation contre eux à la seule droite conservatrice. Je m’identifie personnellement comme étant (et ayant toujours été) de gauche, et c’est au nom de cette gauche réellement progressiste et universaliste que j’ai entrepris une guerre sans merci contre ces usurpateurs de l’étiquette. Tous ceux que je côtoie et qui s’identifient comme tels (par Internet, je peux vous assurer qu’ils sont assez nombreux!) se sentent aussi trahis que moi. Ils ont tous fait également l’expérience qu’aucun dialogue n’est possible avec les woke, toute tentative d’échange tournant rapidement en accusations morales et parfois même en propos violents (particulièrement de la part des activistes trans).

    Je dois également signaler une autre erreur de votre part. Il n’y a pas du tout à confondre militants woke et  »bien-pensants », et c’est loin d’être un détail anodin. Les  »bien-pensants » représentent une couche d’intellectuels divers (à la Charles Taylor et Jacques Frémont), d’éditorialistes, de chroniqueurs (au Devoir), d’animateurs télé ou radio (à la Guy A. Lepage et Pénélope McQuade) et de politiciens qui ne sont loin d’être des militants de gauche (on n’a qu’à penser à Justin Trudeau, Philippe Couillard, Emmanuel Macron, Angela Merkel, les figures principales des Démocrates américains…), qui considèrent de leur intérêt idéologique ou politique de reproduire une large partie des idées répandues par les woke.

    Tout ça pour en venir à conclure par la perspective suivante. La gauche traditionnelle s’est malheureusement auto-sabordée partout en Occident dans les années ’80 en cédant aux mirages de la mondialisation néo-libérale. Elle n’est pour ainsi dire plus regroupée institutionnellement nulle part, et en disparaissant, elle a laissé tout le champ libre au wokisme (QS, PSF, LFI, PIR…).

    Je milite aussi activement que je peux pour qu’elle renaisse de ses cendres. Pour cela, je ne vois guère qu’une solution : la décrédibilisation complète du wokisme (pas auprès de la population, qui n’a jamais embarqué et que les woke ont poussé un peu partout vers la droite et même l’extrême-droite par défaut, mais auprès des bien-pensants, qui risquent de ne plus se sentir  »in » à maintenir leurs propos actuels).

    La  »vraie » et la fausse gauche sont antinomiques et prônent des valeurs inconciliables : elles ne peuvent coexister.

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