violence
Partagez cet article:

L’effet enseignant: les petits gestes aux grands impacts

Deviens supporteur de Jonathan le Prof

** Ce texte sur l’effet enseignant est une collaboration de Mme Alexandra Lajeunesse, enseignante en formation**

Le lien enseignant-élève est la base de toute relation pédagogique. Dans cette histoire, c’est simplement la base de tout. Dans votre carrière, si vous êtes au secondaire, peut-être aurez-vous des élèves qui vivront cette situation ?

Je ne le souhaite pas, bien sûr. Ces enseignants ont sauvé la vie d’une élève et je n’exagère en rien la situation, parce qu’il s’agit de moi.

Souvent, j’ai entendu dire que les enseignants éteignent des feux et c’est vrai. Dans ce cas précisément, ils ont aussi apaisé une âme profondément meurtrie et protégé un corps profondément blessé. L’histoire commence au début de ma première secondaire.

Nous sommes en 2006 et je rencontre, comme toutes les jeunes de mon âge, un garçon. Il sera mon amoureux durant les dix années suivantes. Cependant, j’étais loin de me douter que mon prince charmant s’avérerait être le diable en personne.

Dans ma tête, il est le parfait jumeau de James Lafferty (alias Nathan Scott) et je suis l’incarnation de Haley James Scott. Toutefois, notre histoire ne se terminera pas par : « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». C’est très loin de ça. Mes enseignants m’ont littéralement sauvé la vie. C’est aussi ça, l’effet enseignant.

Vous comprendrez pourquoi plus loin.

En effet, pendant les deux premières années de mon secondaire, tout va bien à l’école comme dans ma vie personnelle. J’ai de bonnes notes, je suis impliquée. Ma relation amoureuse et ma vie sociale vont à merveille.

Tout tourne au drame à mon arrivée au deuxième cycle. Changement de pavillon. Je suis toujours en enrichi, mais dans le même bâtiment que mon copain qui lui est en adaptation scolaire. Les choses commencent à moins bien aller entre nous. La violence psychologique s’installe sous les yeux de nos enseignants respectifs et de nos amis.

Tranquillement et sournoisement, la violence psychologique dure jusqu’à la fin de ma quatrième secondaire. Il y ajoutera la violence sociale (il m’a fait isoler de mes amies, de ma famille, etc.), la violence monétaire (il contrôlait ce que je faisais avec l’argent que je gagnais à mon travail étudiant).

Arrivée en cinquième secondaire, mon cauchemar s’accentue.

Quand mon copain m’avait isolée de mes amis, ces derniers l’avaient tous vraiment mal pris. Leur vengeance a été de m’intimider parce que je les avais mis de côté involontairement à cause de mon copain qui ne fréquentait plus l’école. Il avait terminé son secondaire en 2008 (pendant que j’étais en troisième secondaire).

Le rôle de mes enseignants depuis le secondaire a été primordial à ce moment-là. J’évitais de me trouver en présence de mon copain ou de mes amis toute seule. Ainsi, chaque récupération ou chaque activité que mes enseignants organisaient dans leur classe était une occasion d’être en sécurité.

Je me sentais enfin bien, tellement que j’ai encore des liens avec certains de ces enseignants aujourd’hui. Ils sont devenus mes amis. Certains ont été mes patrons en tant que direction. Ils ne connaissent pas les effets de leurs gestes encore. Ils le liront comme vous.

Dans certains cas, je me confiais à eux sans le savoir parce que c’était une manière que la situation reste secrète. Je sais aujourd’hui que l’histoire n’est jamais sortie de leur classe, car mes parents ne l’ont jamais su, sauf après ma relation. Je vais vous dire que je ne leur en veux pas, parce que mon ex-copain s’en est pris à moi en 2012 alors que j’étais au Cégep.

Il a tenté de me tuer.

Encore une fois, c’est un enseignant qui m’a sauvé la vie en me soutenant dans ma démarche pour le quitter. Merci à Alex, mon enseignant de psychologie, qui m’a ouvert sa porte à maintes reprises à travers le drame de ma vie qui durait depuis longtemps. La violence physique avait commencé bien avant la tentative de meurtre.

Le message derrière ce texte est le suivant : le silence de vos élèves cache peut-être une situation dramatique. Votre présence est leur refuge. Le lien que vous créez avec eux est peut-être ce qui pourrait sauver la vie de l’un d’entre eux. Je choisis ces mots parce que c’est la réalité. Le travail que l’on fait est essentiel pour certains élèves.

Nous soulevons des passions concernant divers sujets, mais les plus beaux et chers souvenirs que nous avons résident dans les liens que nous avons créés. Prenez ce temps précieux pour le faire, car cette attention peut tout changer. Mes enseignants du secondaire ont tout changé dans ma vie. Grâce à eux et elles, je peux vous en parler.

Aujourd’hui, je fais des conférences dans les classes de ces enseignants-là. À quel point un lien fonde une vie ! Certains de mes enseignants voient un modèle en moi pour les futures générations. C’est possible, grâce à eux et à leur travail.

Moi, j’appelle ça l’effet enseignant. Vous l’avez tous en vous. Vous êtes les étoiles au firmament pour beaucoup d’entre nous.

Alexandra Lajeunesse, enseignante en formation

Révision linguistique par: Alycia St-Pierre

Continuez votre lecture:

Partagez cet article:

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *