Explosion d’Halifax
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L’explosion d’Halifax de 1917

Ce texte sur l’explosion d’Halifax de 1917 est une collaboration de mon stagiaire Olivier Audet. Oliver est étudiant au baccalauréat en enseignement de l’Univers social.

La Première Guerre mondiale a ravagé l’Europe. Plusieurs millions de morts, des villes presque entièrement détruites et un lourd bilan financier. Le Canada, encore un jeune dominion, participe à une première vraie guerre d’envergure, outre la guerre des Boers, où le Canada combat aux côtés de la Grande-Bretagne.

Même si aucun combat n’a lieu en sol canadien, les Canadiens finiront par voir les ravages de la guerre. Une explosion, la plus grande de l’histoire de l’humanité, à cette époque, survient à Halifax le 6 décembre 1917. Deux navires entrent en collision et l’un d’eux, rempli d’explosifs, explose.

Le bilan est très lourd. 

2 000 morts et des milliers de blessés, sans compter les bâtiments détruits et les conséquences économiques. Les soldats rentrés au pays ont même affirmé que les dégâts de l’explosion à Halifax sont pires que ceux de Flandre, région en Belgique qui fut au cœur de multiples batailles entre 1914 et 1918.

Les survivants de la tragédie ont simplifié l’événement en quelques mots, « l’enfer sur Terre ». La moitié de la ville sera touchée de près ou de loin par l’explosion et le 1/3 en sera vaporisé.

Il sera donc question avec ce texte d’une brève présentation d’Halifax en 1917, du contexte entourant l’événement, du matin du 6 décembre, de l’explosion, des conséquences, d’un héros inconnu et des secours qui sont venus en aide aux Haligoniens. 

Halifax en 1917

En 1917, la ville d’Halifax est composée d’environ 60 000 Haligoniens. Le quartier Richmond, situé au nord d’Halifax, constitue le principal moteur industriel de la capitale néo-écossaise. Il s’agit d’une communauté très unie, où on y retrouve plusieurs écoles, maisons et usines, toutes construites en bois et une importante raffinerie de sucre ainsi que le Collège royal de la Marine du Canada.

Les autres principaux quartiers d’Halifax sont les quartiers de Dartmouth et de Turtle Grove, un village micmac habité depuis plusieurs générations déjà. De nombreux quartiers à Halifax, les plus riches comme les plus pauvres, n’avaient pas de rues pavées, de systèmes d’égouts et des services publics déficients.

Bien qu’Halifax fût la quatrième ville la plus populeuse en 1917, la capitale provinciale avait encore des égouts à ciel ouvert (Foot & Kernaghan, 2021, et La Presse canadienne, 2019). 

Contexte dans lequel se déroule l’événement

L’accident se déroule en 1917, en plein cœur de la Première Guerre mondiale. À cette époque, le Canada est encore un jeune dominion encore dépendant de la Grande-Bretagne pour la politique extérieure. Lorsque la Grande-Bretagne déclare la guerre à l’Allemagne le 4 août 1914, elle le fait aussi indirectement au nom de toutes ses colonies et de ses dominions, comme le Canada.

Le Canada est donc obligé de participer à l’effort de guerre. Bien que les combats n’aient pas lieu au Canada, l’unifolié est grandement touché par la guerre. En avril 1917 seulement, le Canada perd 13 400 hommes au combat, tombés pour la plupart lors de la bataille de la Crête de Vimy, qui permet au Canada d’atteindre une certaine notoriété militaire.

Le pays ne fournit pas seulement des soldats, il fournit également de la nourriture et des équipements de secours. La Première Guerre mondiale est également le premier conflit au cours duquel la disponibilité des munitions est très difficile, alors que plus d’un milliard d’obus seront utilisés durant les quatre années de guerre.

Une bonne quantité d’obus est produite au Québec et au Canada. La plupart des marchandises et des soldats quittent l’Amérique du Nord à partir d’Halifax, alors que son port constitue le point le plus près reliant l’Europe à l’Amérique. Le port d’Halifax voit donc plusieurs bateaux voyager dans ses eaux (Aujourd’hui l’histoire, 2020 et Foot, 2017). 

Le matin du 6 décembre 1917

Le matin du 6 décembre commence comme bien d’autres matins, alors que plusieurs bateaux arrivent et quittent le port d’Halifax. 

L’Imo, navire norvégien, quitte Halifax pour rejoindre New York, où il doit récupérer du matériel de secours censé se rendre aux troupes belges. L’Imo est un navire neutre qui ne transporte aucun matériel de guerre (Radio-Canada, 2019). 

Le Mont-Blanc, navire français, était censé rejoindre un convoi pour se rendre en Europe, mais arrive malheureusement en retard et le convoi quitte sans lui. Le Mont-Blanc transporte plus de 2 500 tonnes d’explosifs, dont 2300 tonnes d’acide picrique sec, 200 tonnes de TNT, 10 tonnes de nitrocellulose et 35 tonnes de benzol.

Un coktail explosif

Il est important de spécifier que le navire a été chargé aux États-Unis, qui, contrairement au Canada, chargeaient les navires le plus possible sans diviser les types de cargaison. Tous les explosifs étaient donc chargés ensemble, en grande quantité.

Le Mont-Blanc avait un nouveau capitaine, Aimé Le Medec, capitaine depuis seulement 2 ans. Il s’agissait de son premier voyage avec le navire français (Radio-Canada, 2019). 

Afin de se rendre au port d’Halifax, les navires doivent passer par un canal assez étroit de 25 km qui remonte vers le nord jusqu’au bassin de Bedford, un endroit où les vaisseaux peuvent se protéger des ennemis.

Le 6 décembre 1917, un peu après 8h, l’Imo quitte la capitale de la Nouvelle-Écosse, mais ne respecte pas le sens de la circulation, alors qu’il s’aventure trop à droite du canal. Les autres navires le contournent, mais ce n’est pas le cas du Mont-Blanc.

Les deux capitaines s’échangent des messages, mais aucun ne refuse de céder le passage.

L’inévitable se produit.

Les deux navires entrent en collision à 8h45 précisément.

L’Imo se met ensuite en marche arrière, ce qui crée des étincelles qui font en sorte que le Mont-Blanc prend feu. Tous les gens autour, les femmes et les hommes qui se rendaient au travail et les enfants qui se rendaient à l’école sont tous attirés par le spectacle.

Ils s’approchent tous du navire. Les gens situés plus loin du quai s’approchent quant à eux de leurs fenêtres, toujours pour admirer ce qui se produit devant eux. Personne ne sait ce qu’on retrouve dans les navires et personne ne parviendra à prédire la suite.

À 9h04, le Mont-Blanc, qui a dérapé jusqu’au quai numéro 6, explose, créant ainsi la plus grosse explosion causée par l’Homme avant les bombes nucléaires d’Hiroshima et de Nagasaki de 1945. La déflagration est si grosse que des pièces du Mont-Blanc seront retrouvées à 5 kilomètres de Richmond (Aujourd’hui l’histoire, 2020). 

L’explosion d’Halifax

L’explosion survient donc à 9h04 le matin du 6 décembre 1917. Elle aurait été entendue jusqu’à l’Île-du-Prince-Édouard. Tout ce qu’on retrouve dans un rayon de 800 mètres est complètement rasé, dont 1 600 personnes, qui perdent la vie presque instantanément.

Toutes les écoles, usines et maisons sont réduites en poussières. Dans un rayon de 2 kilomètres, certaines maisons sont détruites et très amochées. Certaines fenêtres de maisons situées à 80 kilomètres de l’explosion seront même brisées.

La destruction à perte de vue

L’explosion du Mont-Blanc occasionnera une augmentation importante du nombre d’aveugles à Halifax. En effet, tous les curieux qui s’étaient approchés de leurs fenêtres pour observer le feu qui ravageait le navire français quelques minutes auparavant ont reçu de la vitre dans les yeux lorsque le Mont-Blanc a explosé.

Il est estimé qu’environ 400 personnes sont devenues aveugles le jour du 6 décembre 1917. Le nombre de victimes total est estimé à 2 000, mais il est impossible de déterminer de façon précise le nombre de personnes qui ont perdu la vie en cette journée fatidique.

Cela s’explique notamment par le fait qu’aucun complet n’a été rempli. Il est estimé que parmi les 2 000 quelques victimes, 500 seraient des enfants (Aujourd’hui l’histoire, 2020). 

Non seulement l’explosion a ravagé une bonne partie de la ville d’Halifax (le 1/3 de la ville est vaporisé), mais la destruction du Mont-Blanc a aussi occasionné un important tsunami, dont certaines vagues ont atteint les dix mètres de hauteur. Turtle Grove, village micmac, est relativement épargné de l’explosion du vaisseau français, mais est complètement détruit par le tsunami (Aujourd’hui l’histoire et Foot & Kernaghan, 2021). 

Conséquences

Les conséquences humaines ont déjà été présentées. Plus de 2 000 victimes et environ 10 000 blessés. Plusieurs enfants se retrouvent orphelins. Toutefois, les conséquences matérielles et économiques sont considérables.

Plus de 1 500 bâtiments sont détruits, 12 000 sont endommagés et 25 000 personnes deviennent sans-abris. Une estimation précise des dommages monétaires de l’explosion n’est pas disponible, mais il existe une estimation vague du coût de la tragédie : 35 millions de dollars.

Ce montant n’inclut toutefois pas les quelques millions que le gouvernement fédéral redistribuera aux survivants de 1918 à 1976. Six mois après la plus grande tragédie de l’histoire du Canada, Halifax est toujours une ville sinistrée, alors que presque rien n’a été reconstruit dans les quartiers de Richmond et de Dartmouth.

Conséquences de l’explosion d’Halifax à moyen terme.

En effet, plusieurs des 25 000 sans-abris ont dû habiter dans des refuges pendant plusieurs mois. Les refuges étaient donc pleins au moment où la grippe espagnole s’est propagée au Canada en 1919 (La Presse canadienne, 2019 et Aujourd’hui l’histoire, 2020). 

Une telle tragédie entraîne toutefois un mouvement de solidarité et de remise en question. La fondation Rockefeller, une fondation caritative qui promeut la santé publique envoi des experts à Halifax pour aider la ville à se munir d’une santé publique moderne.

Toutefois, les améliorations en santé publique n’ont pas été les mêmes dans tous les quartiers. En effet, le quartier Africville, un quartier noir, n’a pas obtenu un système d’égouts pour évacuer les eaux usées comme la plupart des autres quartiers d’Halifax.

Des conseillers municipaux ont également demandé qu’un nouveau centre de santé mis sur pied dans un quartier de la ville détruit soit déplacé dans un quartier plus riche, rendant ainsi plus difficile l’accès aux soins de santé pour les habitants des quartiers Nord. L’élan de progrès s’arrête brusquement en 1929 avec la Grande Crise. Les progrès réalisés perdureront toutefois au-delà des années de crise (La Presse canadienne, 2019). 

Héros oublié

L’histoire spectaculaire et tragique de certaines personnes marque l’histoire dans de telles tragédies. Ce fut le cas lors de l’explosion du 6 décembre 1917 à Halifax. Vince Coleman, répartiteur de train, né en 1874, travaillait à la gare de Richmond, à quelques centaines de pieds du quai numéro 6 au matin de l’explosion.

De son lieu de travail, Coleman contrôlait les départs et les arrivées des trains. Coleman excellait dans son travail, lui avait coopérer à l’arrestation d’un train en fuite. 

Après la collision entre l’Imo et le Mont-Blanc, un marin de l’équipage du navire français prévient Coleman de la cargaison explosive que transporte le Mont-Blanc. Un train transportant plusieurs centaines de passagers venant de St-John au Nouveau-Brunswick devait arriver à Halifax vers 8h55.

Le télégraphe

Coleman envoie toutefois un télégraphe demandant au train de s’arrêter puisqu’un navire va exploser : « Hold up the train. Munitions ship on fire and making for Pier 6 … Goodbye boys » (Conlin, 2014). 

Coleman savait donc qu’il allait mourir, alors qu’il termine son télégraphe avec un « au revoir, les gars ». Coleman meurt vraisemblablement dans la même minute que le Mont-Blanc explose. Il meurt presque instantanément. Les historiens ne s’entendent pas vraiment à savoir si le télégramme de Coleman a réellement stoppé le train #10 (celui arrivant de St-John) ou non.

Certains stipulent que le train avait déjà passé la dernière gare avant celle de Richmond et qu’il avait quelques minutes de retard, ce qui explique pourquoi il a été épargné de l’explosion. Certains croient que le télégraphe de Coleman a bel et bien permis au train numéro 10 de s’arrêter et d’ainsi sauver la vie d’environ 300 personnes.

Une chose est sûre, cependant : le télégraphe envoyé par Coleman peu avant 9h sera d’une importance capitale quand viendra le temps de secourir les survivants, ce qui ne sera pas une chose facile… (Aujourd’hui l’histoire, 2020 et Conlin, 2014). 

Secours

Le télégraphe de Coleman aura un impact très important sur l’arrivée des secours à Halifax. En 1917, Halifax ne peut compter que sur un petit corps de pompiers et de policiers. Déjà que les secours sont limités, une tuile tombe sur la tête de la capitale néo-écossaise.

Le chef des pompiers, Edward Condon, est tué lors de l’explosion et le seul camion-pompe de la ville est détruit lui aussi. Le télégraphe de Coleman a toutefois informé le reste de la province de l’explosion avant même que celle-ci ne survienne. Les secours commençaient déjà à s’organiser (Aujourd’hui l’histoire, 2020 et Foot & Kernaghan, 2021).

Halifax peut toutefois s’estimer chanceuse dans sa malchance. Plusieurs soldats, médecins et infirmières étaient en ville, eux qui devaient être envoyés en Europe (ne pas oublier que le port d’Halifax était le plus prêt de l’Europe de tous les ports d’Amérique du Nord).

Le soir même, des secours arrivent de partout en Nouvelle-Écosse.

Bien que les premiers secours soient arrivés, les Haligoniens ne sont toujours pas tirés d’affaire. En effet, le soir du 6 décembre 1917, un important blizzard frappe Halifax, rendant les conditions de sauvetage extrêmement difficiles.

Les survivants de l’explosion qui ne sont pas retrouvés rapidement meurent pour la plupart de froid, emportés et gelés par le blizzard. Le 8 décembre, des secours de Boston, au Massachusetts, arrivent à Halifax (Foot & Kernaghan, 2021).

Comme les entreprises funéraires sont peu équipées pour répondre aux besoins des victimes, l’école Chebucto Road School, située juste en dehors de la zone de l’explosion, servira de morgue pendant un bon moment (Foot & Kernaghan, 2021).

Une enquête sera effectuée pour déterminer le (ou les) coupable(s) de l’événement. Un rapport diffusé 1 semaine après l’accident blâme le Mont-Blanc et le capitaine du port, alors qu’un autre publié quelques mois plus tard déclare les deux navires fautifs, mais aucune accusation ne sera portée contre qui que ce soit (Aujourd’hui l’histoire, 2020).     

Pour conclure

L’explosion à Halifax constitue encore à ce jour la plus grande tragédie de l’histoire du Canada. Mine de rien, l’explosion du Mont-Blanc a causé la mort de plus de personnes que l’accident du Titanic en 1912. Bien qu’elle ait ravagé le 1/3 de la ville et rendu plusieurs enfants orphelins, celle-ci a entraîné des conséquences positives.

Elle a permis à la ville d’Halifax d’améliorer son système de santé et de services publics, qui faisaient tous les deux défaut en décembre 1917. Plus de 100 ans après la tragédie, les villes d’Halifax et de Boston sont demeurées très proches, alors qu’Halifax est toujours reconnaissante de l’aide apportée par la ville américaine.

Même si le Canada a été épargné des plus grandes batailles de la Première Guerre mondiale, les Canadiens ont vécu les horreurs et les pertes que les Européens ont vécues pendant plus de quatre ans, tout ça en raison d’une mauvaise communication entre deux capitaines de navires, un accident qui aurait facilement pu être évité… 

-Olivier Audet, étudiant au baccalauréat en enseignement

SOURCES : 

Aujourd’hui l’histoire. (2020). L’explosion du Mont-Blanc à Halifax en 1917, avec Stéphane Roussel. https://ici.radio-canada.ca/ohdio/premiere/emissions/aujourd-hui-l-histoire/segments/chronique/206239/explosion-halifax-1917-mont-blanc-stephane-roussel

Conlin, D. (2014). Vincent Coleman and the Halifax Explosion. https://maritimemuseum.novascotia.ca/what-see-do/halifax-explosion/vincent-coleman-and-halifax-explosion

Foot, R. (2017). Bataille de la crête de Vimy. https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/bataille-de-la-crete-de-vimy

Foot, R & Kernaghan, L. (2021). L’explosion d’Halifax. https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/lexplosion-de-halifax

La Presse canadienne. (2019). Les retombées positives de l’explosion d’Halifax.

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1060765/explosion-halifax-retombees-sante-publique-centenaire-nouvelle-ecosse-acadie

Radio-Canada. (2019). Il y a 100 ans, une explosion défigurait la ville d’Halifax.           

 https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1071386/explosion-halifax-guerre-histoire-archives

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