nous ne sommes pas que des profs
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Nous ne sommes pas que des profs

Cette semaine, on apprenait que Chad Ashe, un enseignant d’anglais de Châteauguay sur la Rive-Sud de Montréal, a été suspendu pendant 10 jours par sa direction d’établissement pour avoir fait un vidéoclip « Hip Hop ». On lui reproche du contenu inapproprié, ainsi que de l’avoir présenté à ses élèves qui le réclamaient.

Selon M. Ashe, la directrice de son établissement d’enseignement lui a indiqué que c’est parce qu’il apparaissait en maillot de bain avec une femme, elle-même en maillot, qu’il a été suspendu.

Cette histoire ne fait AUCUN SENS.

Pour avoir vu le vidéoclip, tout comme des milliers de personnes après que la nouvelle a fait le tour du Québec, je confirme que rien n’est déplacé. Au contraire, c’est très inoffensif.

Je vous laisse en juger ici.

En passant, je serais curieux de savoir si le Centre de services scolaire en question a bel et bien consulté leur conseiller juridique, qui devrait être un avocat spécialisé en droit du travail, et ce, dans le but de suivre ses recommandations avant de le suspendre.

Je sais aussi que le syndicat est derrière lui et qu’une défense est en cours. De plus, à voir la réaction que la nouvelle a provoquée, on constate qu’il a le support de plusieurs personnes et aussi des collègues des quatre coins de la province également.

Cette histoire est loin d’être terminée.

Pendant ce temps-là, un enseignant de Montréal-Nord a pu intimider des jeunes et tenir des propos racistes et misogynes en toute impunité durant des années avant d’être congédié.

Deux poids, deux mesures.

Nous ne sommes pas que des profs

Plusieurs d’entre vous savent que j’ai fait de la musique métal durant longtemps. Alors ça vient encore plus m’interpeller. Les préjugés sur mon look en début de carrière, c’était chose quotidienne.

Les tatouages, les piercings, la barbe et le métal, ce n’est pas très instituteur, j’imagine. Je peux aussi dire que le tabou de la jalousie entre collègues est d’ailleurs un autre aspect toxique de la profession. Certains n’aiment pas ceux qui sortent du moule, qui font les choses de façon différente et qui ont du succès avec les jeunes.

Mais ça, c’est pour une autre fois.

Et en période de pénurie de main d’œuvre en éducation, c’est le genre de chose qui risque d’en décourager plusieurs de choisir cette profession. L’art de faire peur à la relève et de se tirer dans le pied en tant qu’institution.

Mais on va être honnête et adresser l’éléphant dans la pièce.

Si ce n’était pas du Hip Hop et que le prof fait partie d’une minorité visible, cette histoire n’aurait sans doute jamais eu lieu.

Je veux donc mettre quelque chose au clair aujourd’hui.

Ce puritanisme (dans ce cas-ci teinté de racisme) n’a pas sa place dans notre système scolaire en 2021.

Les enseignants et enseignantes, comme tous les autres corps de métiers, ont le droit d’avoir une vie, des projets, des passe-temps, des implications, des passions, et des rêves hors de leur travail.

Comme tout le monde.

Il faut cesser d’essayer de nous culpabiliser en nous exigeant d’être plus vertueux que la vertu.

J’ai le droit d’être militant et engagé, de faire de la musique, de faire des blagues et monter sur scène à Juste pour Rire.

Et n’importe quelle autre activité si je le désire.

Comme on a très bien dit sur ma page : est-ce qu’on peut cesser de demander aux profs d’être des modèles de pureté et d’abstinence ? Va-t-on exiger des « institutrices » qu’elles soient chastes et célibataires comme dans les années 1940-50 !?

Ce modèle paternaliste est dépassé.

Une autre de mes abonnées a également commenté sarcastiquement : « Bah non, être enseignant, c’est une VOCATION, ils doivent se dévouer CORPS et ÂME à leur métier, ils n’ont pas le droit à une VIE, encore moins DIGNE ou HEUREUSE. »

Pour plusieurs, ça semble exagéré.

Une sorte de caricature.

Mais je peux vous confirmer que plusieurs personnes ont encore cette vision de ce que devrait être un enseignant ou une enseignante.

Selon ces gens, les enseignants devraient avoir une morale irréprochable et agir de façon plus que parfaite en tout temps. C’est non seulement irréaliste, mais complètement insultant.

Je ne compte plus le nombre de fois ou j’ai reçu ce genre d’attaque personnelle depuis les débuts de Jonathan le Prof. Dès que quelqu’un est en désaccord avec mon propos, on utilise souvent ce genre de raisonnement.  

« Tu es une honte pour la profession parce que tu ne respectes même pas ton code de déontologie. »

«  En tant qu’enseignant, tu devrais être un modèle de moralité. »                

Nous sommes des citoyens au même titre que les autres membres de la société. Nous avons le droit d’y contribuer, de nous exprimer, de nous impliquer et de prendre position.

Mais si ce que l’on fait à l’extérieur de notre horaire de travail est légal, respectueux et réfléchi, pourquoi est-ce qu’un employeur peut venir s’y ingérer et me faire perdre mon emploi ?

Ma vie privée n’est alors pas respectée.

Si j’ai envie de me faire prendre en photo le torse nu avec des ami. e. s, pourquoi pourrais-je perdre mon emploi d’enseignant ? Est-ce que le fait que je vais à la plage l’été fait de moi un mauvais enseignant ?

Bien sûr, comme tous les corps de métier, nous avons une éthique de travail à respecter.

Dans l’exemple de Chad, en aucun cas son art fait la promotion ou la valorisation de comportements criminels ou déplacés. Il ne fait absolument rien qui peut nous faire douter de son jugement et de sa capacité d’enseignant.

Nous ne sommes pas que des profs.

#JeSuisChad

Jonathan « Le Prof » St-Pierre

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Un commentaire sur “Nous ne sommes pas que des profs”

  • Je suis enseignante depuis 33 ans. Mon opinion ou ma perception de ma profession a beaucoup évoluée. À l’UQÀM, on nous avait enseigné que notre tenu vestimentaire et notre apparence devait être le plus neutre possible. Pour ceux qui avaient fait l’erreur de se faire tatouer, il fallait penser à le faire enlever ou le cacher. Oubliez les couleurs de teintures originales sauf si vous enseignez les arts plastiques. Les piercings n’étaient pas autorisés, point à la ligne. Pour la simple raison que nous sommes des modèles pour les jeunes et que nous avons un très fort pouvoir d’influence sur eux. En effet, ce pouvoir est immense. Un jeune qui nous aime veut à tout prix nous ressembler peu importe l’opinion de ses parents ou souvent, surtout si ça contredit ses parents. Aujourd’hui, le tatou n’est plus considéré comme une simple erreur de jeunesse mais un art. Le vidéo clip de cet enseignant est bien, il n’y a absolument rien qui justifie une mise à pied ou quelque mesure disciplinaire la dedans. La femme objet est possible comme interprétation des images mais tellement moins gros que la majorité des autres vidéos que les jeunes consomment… Je ne sais pas si c’est ce qui a conduit l’intervention . Je suis d’accord avec toi Jonathan quand tu parles de discrimination raciale dans les préjudices . Le milieu de l’enseignement est très borné et archaïque sur bien des points. Juste chez nous, le nombre d’enseignants et de directions d’école gais qui ont subit des préjudices juste parce qu’ils le disaient ouvertement pour aider les jeunes qui cherchaient leur façon de s’épanouir dans leur homosexualité. Est-ce le syndicat réussira à lui seul à défoncer ces portes closes depuis Émilie Bordeleau? Chose certaine, ce débat va faire évoluer forcément ces mentalités de clergé. Merci à toi d’être ce porte parole.
    C’est très généreux de ta part, je ne manque pas de lire un seul de tes articles. Tes élèves sont choyés. Pour moi, un bon enseignant , prend la parole publiquement pour faire avancer les mentalités et dénoncer les injustices…Chacun ses perceptions.

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