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Le droit à l’avortement est-il à risque au Canada ?

Petit résumé de la situation.

Une véritable bombe est tombée dans les médias américains (et internationaux) lundi soir dernier. Vers 21 h, le site web Politico publiait un article qui a fait exploser les réseaux sociaux.

Ils ont obtenu, de façon confidentielle, une version préliminaire d’un jugement de la Cour Suprême des États-Unis, à paraitre en juin prochain.

Le sujet ?

Le renversement de Roe v. Wade de 1973.

Plus concrètement, l’interdiction du droit à l’avortement au niveau fédéral aux États-Unis.

Cela veut donc dire que ce droit ne sera plus garanti par la constitution. Chaque état aura donc le droit de mettre en place sa propre réglementation sur le sujet. Un recul majeur pour le droit des femmes aux pays de la liberté.

La fuite, d’origine inconnue (et un véritable scandale pour la crédibilité de la SCOTUS), a été confirmée par le juge en chef lui-même. Il indique cependant que cette version préliminaire peut encore changer d’ici le jour du « renversement ».

Car c’est maintenant une certitude, il y aura un changement à cette loi.

Pourquoi ?

Car la Cour Suprême est majoritairement en faveur de l’abandon du droit à l’avortement. Sur les 9 juges qui la composent, 5 d’entre eux ont été nommés par les républicains (1 par Bush Père, 1 par Bush Fils et 3 par Trump). Ils sont tous ouvertement anti-avortement.

C’est donc une question de temps avant que leur décision soit rendue.

Dès l’annulation de Roe v. Wade, plusieurs états ont un mécanisme en place, un « trigger law », qui ramènerait automatiquement la législation de leur état en 1973.

Ultimement, selon les différents experts sur le sujet, environ 30 états américains vont interdire d’une façon ou d’une autre ce droit fondamental pour les femmes américaines.

C’est un moment très sombre pour nos voisins américains.

Mais qu’en est-il du droit à l’avortement au Canada ?

Est-ce que le droit à l’avortement est menacé ?

Rapidement, à court terme, je vous répondrais que non. 

Mais il faut toujours rester méfiant, car les droits que l’on pense acquis peuvent facilement nous être enlevés.

Il faut tout d’abord savoir que l’avortement a été un crime au Canada jusqu’en 1988, lorsque la Cour suprême du Canada a invalidé la loi, la jugeant inconstitutionnelle. Grace en partie au Dr. Morgentaler, l’avortement est légal à tous les stades de la grossesse d’une femme.

Mais malgré cette loi beaucoup plus jeune au Canada qu’aux États-Unis, rien ne la garanti à 100%.

Oui, le mouvement anti-avortement est moins important au pays. Mais il est tout de même présent, et beaucoup plus que l’on pense.

La preuve ?

Selon le Campaign Life Coalition, le principal organisme anti-avortement au Canada, plusieurs députés du pays les soutiennent dans leur combat contre le droit des femmes à décider de leur corps.

Le parlement canadien compte donc actuellement 39 députés « anti-avortement ». Ils sont tous dans le Parti conservateur du Canada.

Vous pouvez d’ailleurs consulter la liste ici.

D’ailleurs, avec l’effet médiatique de la situation aux États-Unis, un mémo a été envoyé à tous les députés du parti de ne pas se prononcer sur la situation.

Assez ironique pour le parti de la « liberté ».

Le sujet risque donc de devenir un enjeu important de la course à la chefferie du Parti conservateur.

Pourquoi ?

Car le meneur actuel de la course, Pierre Polièvre, est lui aussi supporté par les mouvements anti-avortement, tel que mentionné dans cet article du journal Le Devoir.

Ce ne serait cependant loin d’être une première sur le sujet.

D’ailleurs, l’ancien Premier ministre Stephen Harper et l’ancien chef Andrew Scheer, étaient tous 2 ouvertement anti-avortement. Heureusement, ils ont en revanche tous les 2 refusé de rouvrir le débat.

Mais avec la situation actuelle chez nos voisins du sud, et la dérive populiste, Trumpiste et républicaine du Parti conservateur du Canada, les choses peuvent rapidement devenir différente.

La situation polarisée actuelle est propice à ce genre d’événement. En période trouble, le droit des femmes, des minorités et des communautés LGBTQ+ sont les premiers à écoper.

Comme le disait d’ailleurs Simone de Beauvoir :

« N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant. »

Restons tous vigilants.

Car les choses peuvent rapidement basculer, et ce à tout moment.

On est jamais trop prudent…

Jonathan « Le Prof » St-Pierre

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