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Tom au Qatar

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** Ce texte sur le non respect des droits humains au Qatar est une collaboration de M. François-Olivier Loignon, enseignant au secondaire et chef d’orchestre.**

La semaine dernière, en pleine recherche de sujets d’actualités pour mon projet de débat avec mes élèves d’ECR, je suis tombé sur un sujet impliquant une personnalité à laquelle je n’aurais jamais cru consacrer un de mes textes : Tom Brady.

Évidemment, ce ne sera pas un texte sur le football. N’étant aucunement un grand fan de sport, je n’aurais pas la prétention de me prononcer sur un sujet que je ne connais pas. Par contre, si vous en avez suivi le compte Instagram du « GOAT », vous aurez réalisé que Tom Brady et sa famille ont pu profiter de vacances de rêve payées au Qatar, hébergé par le Cheik Tamim ben Hamad Al Thani[1].

Mais que fait donc le célèbre joueur de football au Qatar? Officiellement, Brady se rend fréquemment au Qatar en tant qu’ambassadeur de Best Buddies, un organisme qui fait la promotion de l’inclusion de gens vivant avec handicap.

Dans cet échange de bons services, le Qatar assure d’inclure une vingtaine de personnes avec des troubles de déficience intellectuelle dans l’organisation de la Coupe du Monde de soccer. Elle sera accueillie par le pays en 2022 en plus d’offrir une contribution financière à l’organisme Best Buddies. De son côté, Brady fait la promotion du Qatar à l’approche de la Coupe du Monde[2].

Où est le problème?

Selon un article du Guardian de 2013[3], la construction du Khalifa Stadium, édifice qui hébergera la Coupe du Monde 2022 et dont Brady a fait la promotion, est ce qui se rapproche le plus de l’esclavage moderne.

Chez les travailleurs de ce site, dont la plupart sont étrangers et plusieurs viennent du Népal, on apprend des histoires d’horreurs : la moyenne de mort est d’un par jour, retenue de salaire pour empêcher les travailleurs de quitter, accès à l’eau refusé en plein désert, passeports confisqués pour garder les travailleurs sur le site, horaire de travail de 12h, hébergement de 12 travailleurs par chambre, etc.

De plus, on ne peut pas dire que le Qatar est un modèle de droits humains[4]. La sodomie est toujours passible de prison et la liberté d’expression est presque inexistante (5 ans de prison pour toute critique du Cheik).

Les droits des femmes sont largement bafoués, le sexe hors-mariage est un crime et la flagellation est toujours utilisée comme châtiment.

C’est là qu’apparait notre dilemme éthique : Tom Brady aurait-il dû refuser l’offre des dirigeants du Qatar, un pays aussi toxique pour les droits humains?

Le cas de Tom Brady n’est pas unique.

On pourrait parler de Jennifer Lopez, Mariah Carrey, Beyoncé et Nelly Furtado qui ont déjà chanté pour Mouammar Kadhafi. Ou Hilary Swank qui se présente à la fête de Ramzan Kadyroz, leader tchétchène ayant bafoué de nombreux droits humains.

Ou encore Sting qui a fait un concert pour la fille d’Islam Karimov, président de l’Ouzbékistan, tout en étant conscient des atteintes aux droits de l’homme de son régime.

Les défenseurs de l’athlète diront que Brady y est allé pour une bonne cause. Ou qu’il est libre d’accepter les cadeaux qu’il veut sans que ça signifie un endossement politique. Ou encore que les loisirs de l’athlète ne nous regardent pas.

Mais il ne faut pas oublier une chose : Tom Brady est une personnalité publique.

Il a une notoriété et une influence sur plusieurs personnes dont il peut facilement tirer profit, comme nous prouve le fait qu’il ait été approché pour le Cheik pour cette opération de marketing. Et comme nous l’a si bien appris l’oncle Ben : « Avec un grand pouvoir viennent de grandes responsabilités. »

Alors il est légitime de se demander jusqu’à quel point peut-on occulter le bafouement des droits humains au nom de la liberté individuelle? Ou encore, jusqu’à quel point la promotion d’un organisme aussi bienfaisant que Best Buddies peut servir à justifier qu’une personnalité connue fasse la promotion d’un régime qui fait aussi peu de cas des droits humains que celui du Qatar? Comment la promotion de l’intégration des personnes avec handicaps peut servir à occulter un esclavage moderne?

Surtout quand cette personnalité publique représente un pays aux valeurs démocratiques comme Tom Brady.

Surtout quand son influence (dont il se sert pour faire la promotion du Qatar) lui vient de cette même liberté d’expression qui est restreinte dans le pays qui profite de sa notoriété.

Plusieurs dénoncent le stade Khalifa d’être construit sur le sang des travailleurs qui y sont traités comme des esclaves. Mais comment qualifie-t-on une personnalité célèbre qui en fait la promotion?

Dans un article sur le sujet, Charles P. Pierce a eu la meilleure réflexion sur le sujet : « Fais attention Tom. Tu as tout ce que tu désires et, pour cette raison, ce que tu fais importe. Ce n’est peut-être pas juste, mais c’est vrai. Pour avoir parlé à tous ceux qui te connaissent, je sais que tu es un homme de conscience.  […] Ne loue pas ton nom et ta notoriété à une nation de profiteurs, de flagorneurs et d’esclavagistes modernes. Tu te dois d’être meilleur que ça, comme nous tous.[5] »

François-Olivier Loignon


[1] https://boston.cbslocal.com/2021/04/08/tom-brady-already-focused-winning-eighth-super-bowl/

[2] https://www.metro.us/why-are-tom-brady-and-gisele-bundchen-in-qatar/

[3] https://www.theguardian.com/world/2013/sep/25/revealed-qatars-world-cup-slaves

[4] https://www.hrw.org/world-report/2017/country-chapters/qatar#

[5] https://www.si.com/nfl/2018/04/25/tom-brady-new-england-patriots-qatar-best-buddies

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