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Violence envers les enseignantes: un métier à risque

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** Ce texte sur la violence envers les enseignantes, sous forme de témoignage troublant, est une collaboration de Mme Alexandra Lajeunesse, enseignante en formation**

Ce matin, j’aimerais vous dire encore une fois que ce n’est pas une histoire vraie. Je n’ai pas vécu cette bien triste réalité qui afflige probablement plusieurs d’entre nous autant au primaire qu’au secondaire.

Ici, je ne fais aucune distinction parce que la violence envers les enseignants n’appartient à aucun ordre d’enseignement précis. Encore une fois, je vous raconte une triste histoire que je souhaite que personne n’ait vécue.

Cette cauchemardesque histoire se déroule dans l’école primaire que j’ai fréquentée, moi-même, lorsque j’étais jeune. Je connais les enseignantes et le personnel non enseignant (TES, psychoéducateur, orthopédagogue, etc.) de l’école.

Bref, tout le monde.

Je connais bien cette école. Cependant, à compter du matin le vendredi 30 novembre 2018, je ne verrais plus ce lieu de la même façon. Je suis dans ma classe en suppléance depuis le matin du 29 janvier. La première journée a été superbe.

Toutefois, la situation est sur le point de basculer lors de la récréation du vendredi matin. Je suis dans une classe que l’on appelle « DGA » (difficultés graves d’apprentissage) dans notre jargon. Je n’ai que 9 élèves. La veille, je suis parmi les premières enseignantes arrivées pour lire mes dossiers afin de braver la tempête.

Le mercredi, j’avais échangé des courriels avec ma collègue que je remplaçais pour me préparer mentalement à quoi m’attendre dans sa classe. Le jeudi, je me dirige dans le salon du personnel et je salue les collègues déjà présents.

Je prends des papiers dans mon casier personnel. Parmi ceux-ci, je trouve un billet rose indiquant que l’un de mes élèves se voit retirer le droit de fréquenter la cour d’école parce qu’il s’est battu. Mais attendez !

Cet élève est lié directement à mon cauchemar.

Le vendredi, il peut retourner dans la cour d’école. Cependant, l’histoire se répète de manière plus grave et difficile cette fois. Elle m’implique. Je vous explique. Je descends avec mes élèves et je les surveille.

Mon élève veut jouer au soccer, mais on lui refuse le droit, car le terrain est réservé au premier cycle et il est au troisième cycle. Sa colère commence à monter. Il se passe deux ou trois autres petits événements par la suite. Le dernier en liste, c’est moi qui en suis la protagoniste.

Je suis en train de faire entrer les autres classes lorsque je vois mon élève en train de se battre avec un autre de mes élèves.

J’interviens comme toutes les autres enseignantes seraient intervenues.

Or, l’intervention prend une tournure dramatique. C’est-à-dire, je pensais que l’intervention était terminée quand ils avaient repris leur place dans le rang.

Mais non. Tout commence là. Ma vie d’enseignante bascule à ce moment-là. Je fais rentrer la dernière classe. Il ne reste que ma classe et celle de l’autre suppléante qui surveille aussi. Au moment où je viens pour me placer devant ma classe, je n’ai pas le temps de voir quoi que ce soit.

Mon élève se rue sur moi et il me frappe à coups de pied et à coups de poing. Je fige, je ne riposte pas. Je n’ai que 10 mois d’expérience à l’époque. Ma tête est comme un ordinateur qui a un problème : « DISCONNECTED FROM REALITY ».

Je ne comprends pas ce qui est train de se produire, mais j’entends l’autre suppléante crier du fond de la cour : « LÂCHE-LA, LÂCHE-LA, TU VAS LA BLESSER ».

Il finit par manquer d’énergie à force de me frapper si vigoureusement et il cesse. DIEU MERCI ! AMEN ! L’adrénaline embarque à ce moment-là. Je réussis, mais j’ignore de quelle manière, à continuer ma journée. J’entre dans l’école avec ma classe.

Je monte les escaliers jusqu’à ma classe. Mes élèves sont calmes, très calmes.

Je tremble comme une feuille.

Nous faisons la période avant le dîner comme si rien ne s’était produit. Ils ont un cours de musique après le dîner.

Je suis dans la salle des enseignants. La directrice vient me voir pour me parler de l’événement parce qu’elle en a entendu parler par ma collègue. Je n’avais pas eu le temps de lui en parler moi-même vu le déroulement des événements.

Je suis allée dans le bureau et nous avons discuté. L’instinct de protéger l’élève m’a pris. Il avait eu beau faire ça, je le protégeais pareil. Je cherchais des faits circonstanciels comme les fameux, « oui, mais, c’est un élève qui a des problèmes », « oui, mais son dossier est particulier, je ne peux pas lui en vouloir ».

Ce qui m’a brisée profondément, c’est la dernière fois qu’il s’est excusé devant son père en me regardant droit dans les yeux. Il avait un regard dont je me souviens encore.

Un regard dont tu te souviens toute ta vie.

Ce regard qui en dit long sur le sentiment intérieur de cet enfant. Je lui ai dit : « Je prends tes excuses, je comprends ton geste, mais j’aurais aimé pouvoir t’aider en faisant les choses autrement. Tu m’as demandé de l’aide, mais ce n’était pas la bonne manière de faire. Je ne peux pas accepter ton geste, mais je peux comprendre ton intention derrière le geste.

Cependant, il ne faudrait pas que tu recommences, puisque tes gestes ont de graves conséquences sur toi et sur moi (ta suspension pour toi et la tristesse que les choses se passent comme ça pour moi) ».

J’ai appris par la suite que cet élève avait attaqué neuf autres enseignantes avant moi depuis sa première année, que le CSS est au courant du dossier, mais que ce dernier ne sait pas quoi faire avec celui-ci. C’est un élève à haut risque et il a été mis dans une école spécialisée.

Il avait été mis dans une classe DGA.

Il est maintenant en troisième secondaire. J’espère de tout cœur que mes collègues ont eu la vie sauve. Moi, je vis toujours avec un choc post-traumatique. C’est dommage, mais la vie est ainsi faite. Ma vie, c’est l’enseignement et ça comporte des risques.

J’aime assez mon métier pour prendre le risque de revivre une situation similaire une autre fois.

Je vais vous confier qu’à mes débuts en enseignement, j’avais des lunettes de licorne. Je voyais ça de manière magnifique. Mes suppléances se passaient très bien et les directions me réclamaient parce que ça allait bien.

J’ai des écoles tatouées sur le cœur parce que j’ai fréquenté souvent les mêmes en tant que suppléante et parce que leur nom a circulé positivement. Mais, je peux vous jurer que depuis ça, je les ai jetées sur le bord du chemin mes lunettes arc-en-ciel.

Alexandra Lajeunesse, enseignante en formation

Révision linguistique par: Alycia St-Pierre

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